MERCI

aux trous dans les grillages,
merci aux portes qu’on ne ferme pas,
aux postes de douane abandonnés,
aux chutes des murs,
aux portails sans serrure,
merci aux porosités,
aux correspondances,
à l’absence de dualité,
aux traits d’union, aux réunions,
merci aux envolées, aux échappées,
aux rites de passage,
aux enlacements, aux étreintes,
aux voyages sans retour.

Albane Gellé, Mille mercis, Books on demand
Partage de Dominique A., heureux facteur poétique :-)))

Un poème source

j’aimerais qu’on écrive un poème
avec nos deux mains gauches
un qui tiendrait sur une page
ou sur une patte comme un oiseau vif
prêt à en découdre avec le ciel

il n’aurait pas un mot plus haut que l’autre
ça serait un poème à mettre l’eau à la bouche
des derniers-nés et des anciens
qui ont voyagé longtemps avant de goûter le sel de la vie
un poème qu’on pourrait dévorer sans dents ni colère
juste avec les yeux et la patience des bêtes

un poème qui aurait traversé tous les âges
et les pierres et l’humus et la terre harassée
un poème de tous les vents
un poème qui aurait pris sur lui la fatigue et l’effroi
qui se présenterait à nous avec ses haillons de mots
un poème à vêtir
car on ne laisse pas un poème mourir de froid

il faut lui redonner du sang à battre
des coups de langue, le nourrir de racines
obsitere, fraternitas, mare nostrum
qui ont passé frontières et nocturne humain

un poème pour nous désaltérer le cœur

Paola Pigani, 15 – Service d’Aide aux Mots Universels,
Éditions Bruno Doucey
Partage de Dominique A, heureux facteur poétique 🙂

Je marche

Quand je marche, je marche
Quand je dors, je dors
Quand je chante, je chante
Je m’abandonne

Quand je marche, je marche droit
Quand je chante, je chante nue
Et quand j’aime, je n’aime que toi
Quand j’y pense, je ne dors plus

Je suis ici
Je suis dedans
Je suis debout
Je ne me moquerai plus de tout

« Entends tu, m’as-tu dit,
Le chant du monde », alors depuis
Quand l’aube se lève, je la suis
Et quand la nuit tombe
Je tombe aussi

Je suis ici
Je suis dedans
Je suis debout
Je ne me moquerai plus de tout

Quand j’ai faim, tout me nourrit
Le cri des chiens, et puis la pluie
Quand tu pars, je reste ici
Je m’abandonne
Et je t’oublie.