Auteur : Lucie Combret
Suivre le poisson, suivre l’oiseau.
Si tu envies leur erre, suis-les
Jusqu’au bout. Suivre leur vol, suivre
Leur nage, jusqu’à devenir
Rien. Rien que le bleu d’où un jour
A surgi l’ardente métamorphose,
Le Désir même de nage, de vol.
François Cheng, Quand les âmes se font chant, Cantos toscans, Éditions Unes
Partage quotidien de Dominique A, heureux facteur poétique.
Beaucoup de vent

Paroles Claude Nougaro
Ici, tu vois, tout est tranquille
Ici, ça va, ça vole, ça coule
Et s’il n’y a pas les lumières de la ville
La lune, c’est pas mal comme ampoule
C’est pas mal, les étoiles, à l’aise
C’est pas rien, la terre le matin
Voir le soleil qui s’ couche au creux d’une falaise
Et se lève là-bas sur un bouquet de thym
Et puis, puis surtout, bien souvent, très souvent
Y a des coups, des beaux coups, beaucoup d’vent
Dorénavant, toi qui vends, soi-disant, vends du vent
Tu feras moins le malin, l’important
Devant autant de vent
Ici, tu vois tout est sauvage
Ici, la garrigue, le rocher
Avec la vigne pour faire bon ménage
La vigne a l’esprit de clocher
Les clochers, ils ont la dégaine
De clochers d’églises mexicaines
Imperturbablement laissant tomber leurs plombes
De bronze sur les saisons et sur les tombes
Et puis, puis surtout, bien souvent, très souvent
Y a des coups, des beaux coups, beaucoup d’ vent
Tour à tour vent émouvant, enivrant, déchirant
Allégresse et détresse qui s’ mélangent
Vent de diable et vent d’ange
Et puis tout redeviens paisible
Tu peux sortir ton cerf-volant
Et si ton chant passe à coté d’ la cible
Autant, autant en emporte le vent
Ode à la vie vivante
Le chat qui hume

Menstrues, la publication d’un autre genre

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Accompagné d’une rencontre avec les co-autrices c’est idéal.
Événements autour de la transmission, la recherche et les arts, bienvenus.
Comment se nomme-t-il ce temps
de tous les possibles Quand tout affleure croise circule Ce temps
où l’on sait que l’on ne peut rien et où pourtant tout se peut
Comment écrire ce moment où les choses s’enclenchent où
s’ébauche l’accord où la phrase s’amorce dans la feuillée informe
des mots Que se passe-t-il dans l’amont de la prise des corps
Comment désigner cette entaille légère dans le paysage
où l’on n’est rien
rien d’autre qu’attention étonnée à ce qui est en train
de percer
et à quoi il est si doux
simplement
de s’abandonner
Isabelle Alentour, Je t’écris fenêtres ouvertes, Éditions la Boucherie littéraire
Partage de Dominique A., heureux facteur poétique
Ici
j’ignore
ce que je viens chercher
je n’ai jamais réussi
à poser mes pieds
le sol est toujours meuble
les bouts du monde où j’ai appris à fuir
peut-être
un coin de mousse
où me déposer
dans les voix
du territoire
peut-être
un mouillage
pour mon plexus
je voudrais pouvoir comme eux
rester
ici
se dénouent toujours
le langage du vent
les arcanes des nuages
les stratagèmes des marées
il faut déployer
la patience du lichen pour attendre
au bord d’une route qui n’existe pas
c’est malgré nous. Nous embarquons
et larguons le monde parce que
nous portons l’infini et que notre seule réponse,
c’est l’horizon.
Roxane Bouchard
Partage de Dominique A., heureux facteur poétique
Père
les derniers mots que nous avons échangés
Seront-ils les derniers que nous échangerons ?
Après ta mort le silence s’amasse, cendreux.
Parfois ton fantôme muet me rend visite
Je lui pose des questions, il fixe le sol
tristement, j’écris et je lui cherche une voix
partout, dans les livres, les souvenirs, les trous
dans les murs, une langue, un poème sans titre
où déposer tout ce que tu me répétais.
Arrivée devant une porte trouve un moyen
pour l’ouvrir, si tu y parviens garde-la
ouverte pour que d’autres puissent entrer.
Une diseuse de bonne aventure avait lu
dans les lignes de tes mains une vie d’exil
les pieds dans la boue, du riz amer dans la bouche.
Une vie sans limites, mais pas sans obstacles.
Sabine Huynh, Poème inédit, Frontières Petit atlas poétique, Éditions Bruno Doucet
La vie est sériation
