Julos Beaucarne, Mon terroir c’est les galaxies

Quand vous serez au milieu de la grande vie paysanne,
Au milieu d’un champ dans les loins
Ou au cœur d’une forêt en automne,
Vous comprendrez qu’il y a loin de vous
Au cœur du monde
Qu’il y a loin de votre coupe
Aux lèvres de l’éternel,
Et vous écouterez bruire l’automne
Et vous entendrez les feuilles
Tomber de vos arbres intérieurs
Vous entendrez la voix de la terre
Et le présent vous sautera aux yeux
Comme un écureuil qui plonge
Sur l’arbre de la vie.
Croyez en l’extase des nuages

Qui traversent les grands horizons,
Au petit vent du soir
Au cœur de l’été chaud,
Croyez à la douceur d’une amitié
Ou d’un amour,
A la main qui serre votre main
Car demain, mais n’y pensez pas
Demain éclateront peut-être les nuages
Et le vent emportera vos amours,
Tenez-les serrés,
Ne vous endormez pas
Sur un reproche non formulé,
Endormez-vous réconciliés,
Vivez le peu que vous vivez dans la clarté.

Je suis celui

d’un seul moment qui durera toute la vie
Éclair, éclat, le miroitement d’un instant
[…]

Je ne suis rien que la durée insaisissable d’une poussière
Pas de limites sur ce point
Imperceptible, irrécupérable, dans les trombes des Voies lactées

Rien ne me justifie, sinon d’être. Je passe
je reviens et m’efface et je réapparais
toujours le même, un blé venu des sarcophages né pour ensemencer et faire d’autres grains
du secret qui n’est rien, un homme, une misère…

Pierre Seghers, Dis-moi, ma vie, Éditions Bruno Doucey