À tous ceux

qui très loin sont captifs
Dans le silence ; aux âmes enchaînées
Par la longueur des muettes années
En nul ne sait quels abîmes plaintifs ;
À ceux dont l’ombre a tant de murs sur elle
Qu’ils n’ont jamais pu donner de nouvelle
De leur nuit noire aux gens qui sont dehors ;
Ceux pleins d’appels dont nulle voix ne sort,
Dont le secret cherche un mot qui l’emporte ;
Ceux dont le cœur bat sans trouver de porte,
À tous ceux-là – je ne sais pas combien –
Je viens. Je suis petit oiseau, je viens.
Je viens, je suis moucheron, un rien frêle.
Une aile. Et j’ouvre et je donne mon aile
Pour alléger leur épaule et mon chant
Pour délivrer mon âme à travers champs. […]

Marie NoëlChants de la merci, Gallimard
… de la part de Dominique A., Chronique Juste un poème

La petite lumière

Cadeau d’Antonio Moresco et son traducteur Laurent Lombard.
Cadeau des éditions Verdier.
Cadeau de la Maison du Banquet et des générations et de la Librairie Ombres Blanches de m’avoir offert cet exercice.
Cadeau de Lina et JM Mariou pour la captation.
Ce livre c’est moi.

Donner avec ivresse

Perlimpinpin
Barbara

Pour qui, comment quand et pourquoi ? 
Contre qui ? Comment ? Contre quoi ? 
C’en est assez de vos violences. 
D’où venez-vous ? 
Où allez-vous ? 
Qui êtes-vous ? 
Qui priez-vous ? 
Je vous prie de faire silence. 
Pour qui, comment, quand et pourquoi ? 
S’il faut absolument qu’on soit 
Contre quelqu’un ou quelque chose, 
Je suis pour le soleil couchant 
En haut des collines désertes. 
Je suis pour les forêts profondes, 
Car un enfant qui pleure, 
Qu’il soit de n’importe où, 
Est un enfant qui pleure, 
Car un enfant qui meurt 
Au bout de vos fusils 
Est un enfant qui meurt. 
Que c’est abominable d’avoir à choisir 
Entre deux innocences ! 
Que c’est abominable d’avoir pour ennemis 
Les rires de l’enfance ! 
Pour qui, comment, quand et combien ? 
Contre qui ? Comment et combien ? 
À en perdre le goût de vivre, 
Le goût de l’eau, le goût du pain 
Et celui du Perlimpinpin 
Dans le square des Batignolles ! 
Mais pour rien, mais pour presque rien, 
Pour être avec vous et c’est bien ! 
Et pour une rose entr’ouverte, 
Et pour une respiration, 
Et pour un souffle d’abandon, 
Et pour ce jardin qui frissonne ! 
Rien avoir, mais passionnément, 
Ne rien se dire éperdument, 
Mais tout donner avec ivresse 
Et riche de dépossession, 
N’avoir que sa vérité, 
Posséder toutes les richesses, 
Ne pas parler de poésie, 
Ne pas parler de poésie 
En écrasant les fleurs sauvages 
Et faire jouer la transparence 
Au fond d’une cour au murs gris 
Où l’aube n’a jamais sa chance. 
Contre qui, comment, contre quoi ? 
Pour qui, comment, quand et pourquoi ? 
Pour retrouver le goût de vivre, 
Le goût de l’eau, le goût du pain 
Et celui du Perlimpinpin 
Dans le square des Batignolles. 
Contre personne et contre rien, 
Contre personne et contre rien, 
Mais pour toutes les fleurs ouvertes, 
Mais pour une respiration, 
Mais pour un souffle d’abandon 
Et pour ce jardin qui frissonne ! 
Et vivre passionnément, 
Et ne se battre seulement 
Qu’avec les feux de la tendresse 
Et, riche de dépossession, 
N’avoir que sa vérité, 
Posséder toutes les richesses, 
Ne plus parler de poésie, 
Ne plus parler de poésie 
Mais laisser vivre les fleurs sauvages 
Et faire jouer la transparence 
Au fond d’une cour aux murs gris 
Où l’aube aurait enfin sa chance, 
Vivre, 
Vivre 
Avec tendresse, 
Vivre 
Et donner 
Avec ivresse !

https://www.ina.fr/video/I06047191

https://www.franceculture.fr/emissions/une-vie-une-oeuvre/barbara-1930-1997-une-femme-passion-en-automne

Julos Beaucarne, Mon terroir c’est les galaxies

Quand vous serez au milieu de la grande vie paysanne,
Au milieu d’un champ dans les loins
Ou au cœur d’une forêt en automne,
Vous comprendrez qu’il y a loin de vous
Au cœur du monde
Qu’il y a loin de votre coupe
Aux lèvres de l’éternel,
Et vous écouterez bruire l’automne
Et vous entendrez les feuilles
Tomber de vos arbres intérieurs
Vous entendrez la voix de la terre
Et le présent vous sautera aux yeux
Comme un écureuil qui plonge
Sur l’arbre de la vie.
Croyez en l’extase des nuages

Qui traversent les grands horizons,
Au petit vent du soir
Au cœur de l’été chaud,
Croyez à la douceur d’une amitié
Ou d’un amour,
A la main qui serre votre main
Car demain, mais n’y pensez pas
Demain éclateront peut-être les nuages
Et le vent emportera vos amours,
Tenez-les serrés,
Ne vous endormez pas
Sur un reproche non formulé,
Endormez-vous réconciliés,
Vivez le peu que vous vivez dans la clarté.