Julos Beaucarne, Mon terroir c’est les galaxies

Quand vous serez au milieu de la grande vie paysanne,
Au milieu d’un champ dans les loins
Ou au cœur d’une forêt en automne,
Vous comprendrez qu’il y a loin de vous
Au cœur du monde
Qu’il y a loin de votre coupe
Aux lèvres de l’éternel,
Et vous écouterez bruire l’automne
Et vous entendrez les feuilles
Tomber de vos arbres intérieurs
Vous entendrez la voix de la terre
Et le présent vous sautera aux yeux
Comme un écureuil qui plonge
Sur l’arbre de la vie.
Croyez en l’extase des nuages

Qui traversent les grands horizons,
Au petit vent du soir
Au cœur de l’été chaud,
Croyez à la douceur d’une amitié
Ou d’un amour,
A la main qui serre votre main
Car demain, mais n’y pensez pas
Demain éclateront peut-être les nuages
Et le vent emportera vos amours,
Tenez-les serrés,
Ne vous endormez pas
Sur un reproche non formulé,
Endormez-vous réconciliés,
Vivez le peu que vous vivez dans la clarté.

Je suis celui

d’un seul moment qui durera toute la vie
Éclair, éclat, le miroitement d’un instant
[…]

Je ne suis rien que la durée insaisissable d’une poussière
Pas de limites sur ce point
Imperceptible, irrécupérable, dans les trombes des Voies lactées

Rien ne me justifie, sinon d’être. Je passe
je reviens et m’efface et je réapparais
toujours le même, un blé venu des sarcophages né pour ensemencer et faire d’autres grains
du secret qui n’est rien, un homme, une misère…

Pierre Seghers, Dis-moi, ma vie, Éditions Bruno Doucey

[Toucher l’élémentaire]

Retourner au torrent
Poser le pas sur le chemin
Rejoindre la vallée
Boire la rosée

Les flux de la sève coulent en abondance
Inondent la terre
Les feuilles sensibles frémissent au vent

Le cœur tendu, tambour vibrant
S’étendre sous la ramure
Fixer le soleil
Être dans le simple

Lente décantation avant le consentement
Entrer dans la transparence

Catherine Pont-HumbertLégère est la vie parfois, 
Jacques André éditeur

merci Dominique A, Lézignan-Corbières

La tendresse me racine

en terre de printemps

Mes bras déploient
des branches vives

Ma main se tend
pour recueillir

une graine envolée

S’y pose
un souffle de bouquet
le rire des ruisseaux
le rêve des nuées

Je m’en couvre
en caresse bleue
et danse alors
avec les oiseaux

Roselyne Sibille, Versants, 
Théétète éditions

merci Dominique A, Lézignan-Corbières