Essences De(a)nses… magnificences !

*
ne        s’é        tr        angle        au        pas        sage        :

alimente                    allume                    et                     baigne

mais                                              n’éteindra                                              rien
*
la fauvette ne chante
pas pour moi
mais à cette part de moi
fauvette

la part de moi
de la fauvette
le sent peut-être
quand elle chante
*
toute une montagne
aux pieds

la main
prend le relais
*
je danse à poil sous la pluie
en poussant des cris
comme le chimpanzé
je joins mes mains
au-dessus de ma tête
comme le chimpanzé
je fais de branches
moussues un coussin
comme le chimpanzé
mais à l’inverse du chimpanzé
dans la forêt de Kibale
ne sais pas trouver la plante
qui guérit la plaie

ne suis pas si futée
*
terre est|morte⟩ + |vivante⟩
(=) moi aussi
*
Ma passion ?

l’évolution
*
L’enfance fossile rayonne encore
(fontanelle diffuse
d’un ciel profond ?)
*
Le vivant ?
Une disparité réduite
une diversité multiple
des espèces uniques

Terre sentinelle, Fabienne Raphoz

Coudre la vie

Rapprocher   coordonner   assembler, les matières   fibres, diverses, couleurs, complémentaires élémentaires.
Chiner, trouver le tissu    juste, tailler, déchirer (avec ou sans les dents), laver et repasser, et oui !
Sentir la vie « défiler » en nous, mais pas « filer », sans se défiler, ni filer droit, au fil des jours, de fil en aiguille, sans trop de fil à retordre pour tenter de suivre le fil de soi(e).
Entendre ce qu’il y a au bout du fil, s’accorder avec aiguilles, ciseaux, dé… faut bien jouer, mains doigts pied, au rythme percussif de la machine, tous à l’œuvre, de son propre chef, d’orchestre philharmonique.
Parce que la vie ne tient qu’à un fil !
2017-03-21 00.28.52
…L.C… une filoute qui brode…

Un héros de l’acte absurde ?

Il est comme ça Justo : il construit une cathédrale, excusez du peu, quand d’autres se font faire des implants ! Tout de suite, j’ai pensé : je me réjouis qu’il n’ait plus de dents. Je lui en suis reconnaissant… Il n’est pas important d’avoir de belles dents… On ne doit pas s’en faire, pour ses propres dents. Ce qui compte, c’est la vérité. […]
Je me pose la question  : qu’est-ce que la vérité ? Je réfléchis. Justo donne à penser, c’est l’une de ses principales qualités… Il fournit du matériel de pensée, de rumination. Mon regard dérive, je fixe les cyprès qui longent le bâtiment, j’aperçois la pointe de ceux qui se dressent dans le cloître. […] Ici tout signale le ciel. […] Tout, ici, invite à redresser la tête. […]
Et soudain, je me dis que j’ai peut-être trouvé ? Qu’est-ce que la vérité ? Un mot me vient à l’esprit : durer. Tout ce qu’on sait de la vérité, c’est qu’elle tient le coup. Elle résiste. C’est une pierre réfractaire, jetée dans le bain du temps. Nul ne sait à l’avance ce que contient la vérité. Ce qu’il y a à l’intérieur. Nul ne détient la vérité. Mais le temps choisit. Le temps passe, fait sa ronde. Il trie, rejette, pulvérise. Toute entreprise, toute vie d’homme rejetée par le temps se dessèche, s’effrite et tombe dans l’oubli.
Le mensonge est ce qui ne tient pas. Les masques se détachent, s’envolent comme des feuilles mortes. Le mensonge n’est pas pire que la vérité. Pour tout dire, il est souvent meilleur, plus respectueux, plus attentionné, plus souriant. Mais il ne tient pas, face au temps. La vérité a moins de charme que le mensonge. Mais on la retrouve, reconnaissable, presque intacte, après chaque visite d’inspection du temps.
La plupart des gens font trop confiance aux idées. Ils cherchent la bonne idée, celle qui transformera leur vie, qui les rendra riches et heureux. Ils croient que la vie est un coffre-fort, dont il suffit de trouver la combinaison. Les bons chiffres placés dans l’ordre… Mais l’important n’est pas là. L’important, c’est de se lever le matin, et de mettre un pied devant l’autre. L’important c’est de continuer. De reprendre un vitrail là où on l’avait laissé. De poser une brique sur une autre. Peu importe s’il s’agit d’une belle brique, parfaitement réalisée, ou d’une brique tordue, manquée, estropiée. […]
Pour résumer : nous étions des bizarres, des tordus, des fondus, nous ressemblions aux briques de sa cathédrale. […]
De rôder, encore un peu sur les terres de l’improbable… […]
Il voulait errer, zigzaguer. Il voulait prendre des risques. Et en premier lieu, le risque de se perdre… […]
L’inconfort n’avait jamais constitué pour lui un empêchement. Bien au contraire, l’inconfort l’appelait, lui chantait toujours une douce chanson. […]
Il s’agit de se lever et, en inclinant le buste en avant, de sorte que la jambe s’avance pour éviter de tomber, de commencer à marcher. […]
Comment construire une cathédrale ?, Mark Greene