Que disent les jardins ?

« Le jardin, c’est la plus petite parcelle du monde et puis c’est la totalité du monde ». Michel Foucault

À réécouter : http://www.franceculture.fr/conferences/foucault-le-jardin-cest-la-plus-petite-parcelle-du-monde

Et si nous étions chacun un jardin ?
En prenant soin de « nous », prendrions-nous soin de l’univers ? .L.C.

 

Comme une fleur

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Même « séchée », une fleur est toute beauté.
Parce que son cœur est « pur », sans arrière pensée, pleine à son rôle de fleur, partout à sa place, même si déplacée.
Entière à ses qualités de fleur – parfumée, colorée, verticalité, symbole, nourrissante – elle a poussé, s’est épanouie, dans (malgré) la terre et la situation qui lui étaient donnés, à côté d’autres fleurs, parmi les insectes avec lesquels elle a composé, avec les éléments, les obstacles, les compliments et les amants.
Elle a suivi son chemin de fleur, toujours attirée vers les sommets. Sans se retourner, sans question, sans peur, elle a veillée, là, simple, détachée et engagée, racinée. Lorsque alertée, elle a transmis la donnée, elle a lutté, résisté, confiante, nue, forte de sa sève, sans haine ni pitié, sans regret.
Parfois elle a pleuré, de joie, car la rosée la chatouillait, car le lever et le coucher du soleil, car la douceur de l’air, car la terre mouillée l’enchantait, les étoiles l’accompagnaient, la lune la rythmait, elle dansait inspirée par le souffle du vent.
Car la vie la traversait…L.C.

 

 

Vous qui construisez des jardins

ne faites pas de parcs, des espaces verts : faites des marges.
Ne faites pas des terrains de loisirs et de jeux : faîtes des lieux de jouissance, faites des clôtures qui soient des commencements. ne faîtes pas des objets imaginaires ; faites des fictions. Ne faîtes pas des représentations ; faites des vides, des écarts ; faites du neutre…
Louis Marin, extrait, Les Carnets du Paysage n°31, « Sacré »

http://www.louismarin.fr/

mathieu ri

Pourquoi nous as-tu abandonné ? Mais parce que là sont les fondations : nous sommes bâtis sur la perte. Et plus la pluie tombe,…, plus montent, avec, de nouveau, mes larmes, vers mes yeux, en moi la connaissance absolue, intime, foudroyante de la perte,… , j’en suis devenu une partie, tantôt je tombe du ciel, tantôt je coule à terre. C’est plus simple ainsi : me voilà fait d’eau et de vent, prêt à m’engloutir comme à m’évaporer, à stagner comme  à ruisseler.

Être tous les hommes n’est pas un rêve délirant de toute-puissance, c’est accepter de n’être que ce qu’on est, c’est donner son consentement pour faire ce qu’on a à faire, c’est se fondre, c’est espérer le silence.

Car si, en espagnol, source peut se dire « ojo de agua », « œil d’eau », les perspectives sont renversées : derrière l’œil se tient l’âme – et si je vois l’œil de l’eau, cela signifie nécessairement que je suis vu par l’âme de l’eau, que je suis regardé comme je regarde. Et, de nouveau, les contours du monde s’estompent, se déplacent, un peu plus loin se reforment me livrant un nouveau paysage à composer, à la fois inédit et familier.

On croit toujours qu’ailleurs c’est mieux. Or, ce n’est ni meilleur, ni pire, c’est simplement toujours aussi insensé.

Le Regard de la source, Verdier, 2017